Pensées

Banlieusards de Kery James

Hier soir j’ai regardé “Banlieusards” malgré l’agacement que j’ai ressenti au visionnage la bande annonce. En conséquence, voilà mon (petit) avis.

Pour commencer et avant toutes choses en 2019, les films sur la banlieue me fatiguent. Trop souvent le même angle et les mêmes histoires. La banlieue c’est vaste. La banlieue c’est Boulogne autant que Villeneuve-Saint-Georges pourtant “Neuilly-sa-mere” a su bien montrer la différence entre les deux villes.

Quand les réalisateurs sortent un film est-ce qu’ils font une recherche d’antériorité sur le scénario ? Autrement la “Cité Rose” est sorti en 2012. Rien de nouveau. Le petit garçon perdu entre les deux voies totalement opposées de ses deux grands frères.. Julien Abraham doit être très perplexe là.

Et puis pourquoi faire un film sur la banlieue quand en fait on veut juste mettre des noirs et des arabes à l’écran ? Réalisez une fiction. Ça sera mieux reçu.

Je suis fatiguée des maliens dans le film quand les réalisateurs sont noirs et non maliens. Très personnel. Ils te foutent une mère noire seule, pauvre (dans Banlieusards elle est même veuve et malade cumularde de la malchance), avec une famille nombreuse et des dialogues en bambara dès qu’ils peuvent mais en même temps vont hurler à la mauvaise représentation des médias. Qu’on cesse aussi de donner à la délinquance un modèle familial bancal. La plupart des petits cons dehors ont leurs deux parents qui sont présents, qui se cassent le dos en plus. Ont-ils des excuses ? Non.

Je suis fatiguée des personnages blancs dans le film à qui on fait visiter le quartier comme un zoo. Dans le film Lisa monte sur le toit de la tour et elle dit “c’est super beau” , parce que du 12 étage à Bagneux on voit la Tour Eiffel… Où est ce que tu vois la beauté dans les bâtiments qui s’effritent et qu’est-ce qui te fait la voir à part des biais racistes ? Est-ce que vous pouvez citer une seule personne qui compte rester dans votre quartier ? Mes parents sont à l’étranger c’est le pourquoi la famille n’habite pas dans l’Ain.

Combien de temps dans les transports, parce qu’une des vraies problématique de la banlieue parisienne c’est bien sa desserte, mais Soulaymaan ne veut pas déménager ?

J’ai détesté Kery James de toute mon âme pour cette phrase qu’il fait dire à Lisa “tu es complexé, tu te vois noir et tu as peur que tout le monde te voit comme tel” alors : non.
Non ! La plupart des noirs se voient noirs car le mot les a fracassé avant leur entrée en CP. Je dis à ma nièce de 3 ans de ne pas oublier qu’elle est noire parce qu’en France des malades arrachent les nattes collées des petites filles noires. Sans aucune suite. Couverts par la hiérarchie. Je dis à mon petit frère de garder en tête qu’il est noir car à 10 ans on parlait de lui en oubliant que c’était un enfant. C’est important malheureusement de préciser car qui va le dire ? Ma mère ne se voit pas noire. A Bamako qui pouvait même lui signifier qu’elle l’était ?

C’est juste un film parce que tu ne peux pas me dire ça et retourner prendre ton RER vite, on allait se connaître à ce moment là.
D’ailleurs quand elle récidive et parle de “n*gre de maison” … Quels sont ces légèretés dans le dialogue ? Kery a été juré à Eloquentia, Paris 8 lui serait tombé dessus. Non. vraiment non.

Je suis fatiguée aussi de ces films où on oppose un banlieusard pauvre à une parisienne très riche et elle va lui ouvrir les sinus pour mieux l’intégrer à la République Française. C’est pour ça que je suis reconaissante à Kery de ne pas avoir donné une vraie fin. J’allais être forcément déçue. Au moins chacun continue l’histoire dans sa vie.

Je suis fatiguée de ses séquences où on montre des enfants avec des graves lacunes scolaires jusqu’à faire de Soulaymaan une exception. Car c’est loin de l’être. J’ai apprécié en revanche la séquence où Lisa explique la définition de la rhétorique aux enfants. L’intelligence c’est aussi de se rendre compréhensible de tous et quand on voit les témoignages de certains professeurs sur twitter avec leurs œuvres barbantes qu’ils imposent aux élèves et leur mépris… Quel enfant peut s’intéresser à quelqu’un qui ne lui montre aucun intérêt ? De grâce…

Bon il y a une scène qui m’a particulièrement touché c’est celle à l’hôpital… La dignité dans la tristesse… Les frères qui se prennent dans les bras… J’ai eu des grosses poussières dans les yeux. 😪

Le concours d’éloquence est le seul truc original dans ce film qui se regarde, ne soyons pas sévères. La question est intéressante.

Est-ce que l’état est responsable de la situation actuelle des banlieues en France ?

Et trop simpliste aussi, car la réponse devrait être un “pas uniquement”.

Par exemple hier en allant prendre le bus, une note informait qu’il ne desservirait plus mon quartier à partir d’une certaine heure et pour tout le mois pour cause “d’incidents graves”, comprenez par là que sur deux soirs les jeunes se sont amusés à caillasser les bus…

Est-ce que c’est l’État ? Non. Et pourtant… Lorsque les policiers ralentissent aux abords du parc et lancent de leur voiture une Grenade lacrymogène, est-ce l’État ? Oui. 🤷🏿‍♀️


Dans ce film à part maman Traoré il n’y a aucune femme noire. Aucune petite fille noire. Invisibles nous sommes (“Au Mali et à Limoges”, réponds Soulaymaan quand on lui demande où sont ses deux sœurs). Je suis tellement habituée que j’allais l’oublier mais justement. N’est-ce pas un problème quand la seule réalisatrice en France à mettre des femmes noires dans une fiction sur la banlieue s’appelle Céline Sciamma ? Comment la fustiger sur la représentation quand d’habitude nous sommes absentes ?

En définitive je pense que je vais ajouter les films sur la banlieue à ma liste noire. Ah je suis fatiguée.

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